À Balaruc-les-Bains, la mobilisation s’organise pour défendre le remboursement des cures thermales par l’Assurance maladie. Ce vendredi 23 octobre, à l’appel du maire Christophe Rioust, un rassemblement est prévu à 11 heures devant les Thermes, suivi d’une conférence de presse à 11h30 au sein de l’établissement thermal. Plusieurs élus doivent se joindre au mouvement pour soutenir la médecine thermale et alerter sur les conséquences que pourraient avoir les mesures envisagées pour les patients.
Pour Paul-François Houvion, directeur des Thermes de Balaruc-les-Bains, la question ne se limite pas aux conséquences sur l’accès aux cures. Il dénonce également le manque de considération accordé, selon lui, à la médecine thermale par les pouvoirs publics.
Dans cette interview, il revient sur les conséquences possibles pour les curistes, les raisons de son opposition et les difficultés rencontrées par les professionnels pour faire entendre leurs arguments auprès des pouvoirs publics.

« On est en train d’instaurer une médecine à deux vitesses »
À l’initiative du maire, Christophe Rioust, le rassemblement doit réunir ce vendredi 23 octobre des élus locaux, départementaux et régionaux, des parlementaires ainsi que des représentants d’autres villes thermales. Le rendez-vous est fixé à 11 heures devant les Thermes, sur la promenade des Bains. Une conférence de presse se tiendra à 11h30 au sein de l’établissement.
Par cette mobilisation, la municipalité souhaite rappeler que les enjeux liés au remboursement des cures thermales dépassent le seul secteur thermal. À Balaruc-les-Bains, comme dans d’autres villes thermales, cette activité contribue à l’emploi et à l’économie locale.
Les participants entendent ainsi alerter les pouvoirs publics sur les conséquences possibles de la mesure, tant pour les patients que pour les territoires qui vivent du thermalisme.
Le gouvernement annonce un transfert de 200 millions d’euros de l’Assurance maladie vers les complémentaires santé. Mais, selon Paul-François Houvion, le problème est que les mutuelles ne seraient pas obligées d’intégrer le remboursement des cures thermales dans leurs garanties de base. La prise en charge pourrait donc dépendre davantage du contrat et des options souscrites par chaque patient.
Oui. Pour moi, le risque est clair : de nombreux patients auront plus de difficultés à partir en cure, notamment ceux qui ont des moyens financiers limités. On est en train d’instaurer une médecine à deux vitesses.
Le directeur des Thermes s’inquiète également des conséquences possibles pour les personnes déjà fragilisées par la maladie ou l’âge. Il estime que le remboursement des cures thermales ne peut pas être considéré uniquement comme une dépense à réduire, sans prendre en compte les patients concernés.
En juin, les professionnels du secteur ont été sollicités pour répondre aux questionnaires de la Haute Autorité de santé. Nous avons rendu notre contribution le 7 septembre. Puis, le 8 octobre, le gouvernement a annoncé le transfert de 200 millions d’euros, alors que le travail de la HAS en est à son début !! C’est aussi cela qui est difficile à comprendre : on nous demande de fournir des éléments, de participer à une évaluation, mais une décision est annoncée avant que ce travail ait abouti.
« On juge sans connaître »
Non, je ne pense pas que nous soyons suffisamment entendus. Nous faisons des démarches, nous essayons de dialoguer avec les pouvoirs publics et de leur apporter des éléments pour expliquer ce qu’est la médecine thermale et ce qu’elle apporte aux patients. Mais nous avons le sentiment que nos arguments ne sont pas réellement pris en compte.
Il y a des médecins, des recherches et des collaborations scientifiques. À Balaruc-les-Bains, nous travaillons notamment avec des équipes du CHU de Montpellier, l’un des grands centres hospitaliers universitaires français. Ce sont des professionnels investis, qui consacrent du temps à ces travaux, notamment dans le domaine de la rhumatologie. Nous travaillons aussi sur d’autres sujets, comme la nutrition, le sommeil et la douleur. Ces collaborations montrent que la médecine thermale fait l’objet d’un véritable travail scientifique et mérite d’être considérée à sa juste valeur.
Oui. Si des patients ne peuvent plus faire de cure, il faut se demander quelles seront les conséquences pour leur santé et quels traitements ils devront utiliser à la place. On a notamment constaté, selon les exemples que nous évoquons, une hausse du recours aux anti-inflammatoires et aux antidouleurs pendant la période du Covid.
Il faut aussi regarder le coût des autres traitements. Par exemple pour certaines pathologies dermatologiques, un traitement peut coûter plusieurs milliers d’euros par an, alors qu’une cure thermale en dermatologie représente un coût nettement inférieur ! Il faut donc prendre en compte les dépenses qui pourraient être induites par cette décision, et pas seulement les économies recherchées sur le remboursement des cures.
Oui, nous sentons qu’ils sont préoccupés. Ils se posent des questions sur les conséquences de cette annonce et sur ce qui pourrait changer pour eux.
C’est aussi pour cela qu’il faut parler de cette situation et faire entendre notre opposition. Pour nous, le sujet n’est pas simplement budgétaire : il concerne l’accès aux soins et la place de la médecine thermale dans le parcours des patients.
• 88 stations thermales, dont 70 % situées dans des communes de moins de 5 000 habitants ;
• Près de 500 000 patients accueillis chaque année ;
• 25 000 emplois directs, indirects et induits ancrés dans les territoires ;
• 0,1 % du budget de l’Assurance maladie consacré au thermalisme, pour 8,3 millions de journées de soins ;
• 4,8 milliards d’euros de retombées économiques annuelles, dont 220 millions d’euros de taxes et de cotisations sociales.
Article publié par Laura Dupuy
20160