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Alors que le remboursement des cures thermales a été maintenu en 2026, la profession reste mobilisée et attentive aux prochaines décisions qui pourraient concerner leur prise en charge par l’Assurance maladie. Le sénateur du Puy-de-Dôme Jean-Marc Boyer, engagé depuis plusieurs années aux côtés des acteurs du secteur, défend notamment un moratoire de trois ans afin de laisser à la Haute Autorité de Santé (HAS) le temps d’évaluer le service médical rendu des cures thermales.

Avec 88 stations réparties en France, le thermalisme représente à la fois une activité médicale et un enjeu économique majeur pour de nombreux territoires. Alors que les prochaines discussions budgétaires se préparent, Jean-Marc Boyer revient pour LesCuristes.fr sur la mobilisation des parlementaires, le travail engagé auprès de la HAS et les prochaines étapes.

Senateur Jean Marc Boyer
Le sénateur du Puy-de-Dôme Jean-Marc Boyer

Pour rappel

En novembre 2025, une annonce a suffi à inquiéter des milliers de curistes à travers la France : un projet visant à réduire fortement le remboursement des cures thermales conventionnées. Depuis, élus, professionnels du secteur et patients se sont mobilisés pour défendre la médecine thermale, et le budget de la Sécurité sociale voté en décembre 2025 n’a finalement prévu aucun déremboursement.

Pouvez-vous vous présenter et expliquer votre engagement pour le thermalisme ?

Je suis Jean-Marc Boyer, Sénateur du Puy-de-Dôme. J’ai été maire d’une petite commune rurale de montagne située à côté de La Bourboule et du Mont-Dore pendant 28 ans, et conseiller général de ce canton où se trouvaient justement ces communes. J’ai donc été sensibilisé très tôt à la problématique des cures thermales, notamment avec la disparition des maisons d’enfants liées au thermalisme à La Bourboule.

Par la suite, j’ai été élu au Sénat et j’ai été confronté, lors des différentes discussions parlementaires, aux difficultés liées au remboursement des cures thermales. Cette question n’est d’ailleurs pas nouvelle : il y a une trentaine d’années déjà,  le ministère des Finances avait évoqué la possibilité de supprimer le remboursement des cures.

Lorsque, ces dernières années, la question du non-remboursement des cures thermales a de nouveau été évoquée au Sénat, j’ai souhaité agir. Il y a environ trois ans, j’ai donc initié au Sénat les premières Journées parlementaires du thermalisme, car historiquement, il n’y avait jamais eu de véritable action engagée sur ce sujet.

En novembre dernier, le secteur thermal a été profondément ébranlé par une proposition visant à réduire fortement le remboursement des cures thermales conventionnées. Qu’est-ce qui vous a le plus surpris lors des débats autour du déremboursement des cures thermales ?


Ce qui m’a interpellé surtout dans les discussions au Sénat, c’est que beaucoup de collègues ne connaissent pas réellement le thermalisme. Certains considéraient que les 350 millions d’euros remboursés par l’Assurance maladie pour les cures thermales pourraient simplement être économisés et utilisés autrement dans le cadre de l’action sociale.

Vous êtes donc la personne qui représente le thermalisme et la médecine thermale auprès du gouvernement ?

Oui et c’est justement pour cela qu’il y a environ trois ans, j’ai lancé les premières Journées parlementaires du thermalisme au Sénat, où nous avions réuni près de 130 personnes. Nous avons invité les maires des villes thermales (il existe 88 stations thermales en France), mais aussi des médecins spécialisés dans les différentes orientations thermales thérapeutiques, afin d’expliquer ce qui était réellement fait dans les établissements thermaux et quelles solutions pouvaient être envisagées.

Dès le départ, j’ai souhaité que cette démarche dépasse le seul Sénat et associe également l’Assemblée nationale, afin de créer une sorte de groupe de travail interparlementaire.

Ces Journées parlementaires ont-elles eu une suite ? 

Oui, nous avons organisé une deuxième édition l’année suivante. 

En mai 2026,  la troisième Journée parlementaire du thermalisme a été organisée à l’Assemblée nationale par mon collègue Denis Fégné, président du groupe thermalisme à l’Assemblée nationale. Nous ne sommes pas issus de la même sensibilité politique, mais justement, cela a permis de montrer que cette démarche était transpartisane.

La question du thermalisme n’est pas une question de droite ou de gauche : c’est une question d’intérêt général.

 

 

Le point central de ces journées est de démontrer le service médical rendu du thermalisme ?

Oui, tout à fait. Le service médical rendu consiste à démontrer que les soins thermaux ont une incidence sur la santé des personnes et qu’ils méritent donc d’être remboursés par la Sécurité sociale. 

L’argument avancé par ceux qui dénigrent le thermalisme est souvent de dire que cela “ne sert à rien”, qu’il n’existe aucune preuve démontrant une action sur la santé. Pourtant, de nombreuses études ont été réalisées, notamment par le Conseil National des Établissements Thermaux (CNETh) et par l’Association Française pour la Recherche Thermale (AFRETh). 

Le problème principal est que ces études n’ont pas encore été validées par la Haute Autorité de Santé (HAS). 

Est-ce que les différentes actions menées auprès des parlementaires ont permis de faire évoluer leur regard sur le thermalisme ?

Oui, certains commencent à mieux comprendre le sujet. 

J’ai des collègues qui ont été très actifs sur cette question, d’autres étaient beaucoup plus réservés. Nous ne sommes pas là pour convaincre tout le monde immédiatement, mais il y a un cheminement intellectuel qui commence à se faire. En ayant davantage d’informations et en comprenant mieux le fonctionnement de la médecine thermale, certains se rendent compte que ce ne sont pas des vacances payées par la Sécurité sociale.

Il faut également rappeler qu’on parle bien ici de cures thermales médicales conventionnées, et non de séjours de bien-être ?

Oui, tout à fait. Parmi les personnes qui doutent de l’activité thermale ou qui souhaitent que celle-ci ne soit plus remboursée, beaucoup font l’amalgame entre la cure thermale médicale prescrite par un médecin et les séjours de thalasso ou de balnéothérapie dans des centres de bien-être. Ce sont deux choses totalement différentes.

La thalasso ou les séjours de bien-être relèvent d’une démarche personnelle et ne sont pas pris en charge par la Sécurité sociale.

Ce qui est remboursé aujourd’hui, c’est la cure thermale médicale : il s’agit d’un patient qui vient avec une prescription médicale, parce qu’il souffre d’une pathologie chronique nécessitant une prise en charge thermale.

La ministre de la santé a-t-elle été sensible aux arguments avancés et aux actions mises en place ?

Non, pas totalement.

Elle restait sur la position que ce n’était pas à la Sécurité sociale de financer les 350 millions d’euros de remboursements pour les cures thermales et l’activité économique des villes thermales. Mais il reste encore du travail pour faire comprendre ce qu’est réellement la médecine thermale.

La Haute Autorité de Santé a justement été saisie sur le sujet. Pourquoi cette décision est-elle intervenue sans concertation préalable ?

Nous nous sommes effectivement posé la question de savoir pourquoi cette décision avait été prise subitement, alors que jusqu’ici, ce sujet n’avait jamais été évoqué.

Pour l’instant, ce qui a été demandé à la Haute Autorité de Santé (HAS) est de préparer un cadre d’étude permettant de répertorier les critères nécessaires pour démontrer la validité et l’intérêt des cures thermales selon les différentes pathologies.

Pour l’instant, la Haute Autorité de Santé n’a pas engagé les études. Elle doit d’abord préparer, d’ici la fin de l’année, un cadrage avant de pouvoir travailler plus précisément sur le service médical rendu des cures thermales selon les différentes pathologies. Cet élément est important, car il permettra d’apporter une assurance au ministère de la Santé sur le service médical rendu des cures thermales conventionnées.

L’argument économique des stations thermales est également important dans ce débat ?

Oui, c’est un point important. 

Au-delà des remboursements des cures, les stations thermales ont un impact économique et touristique considérable. Les retombées économiques liées au thermalisme sont estimées par différents organismes à environ 4 milliards d’euros pour les territoires concernés. 

Je pense que cet élément a également pesé dans la décision de la ministre des Comptes publics de l’époque, Amélie de Montchalin, que j’avais rencontrée après ses annonces. Je pense que cela a compté dans la décision de poursuivre le remboursement des cures, car les conséquences sur l’activité des stations thermales auraient été très importantes. 

On aurait risqué de mettre par terre toute une activité économique et touristique.

Certains considèrent pourtant que ce n’est pas à la Sécurité sociale de financer l’économie locale ?

On peut comprendre cet argument, mais il faut aussi regarder l’ensemble du sujet. 

Oui, il y a les retombées économiques locales, mais il y a également les économies potentielles réalisées après une cure thermale. 

On constate que certains patients ont ensuite moins besoin de traitements ou de suivi médical. Ce ne sont pas forcément des éléments facilement quantifiables, mais ils existent. C’est un argument que j’avais également avancé auprès de la ministre de la Santé lors d’une question au gouvernement, en expliquant que, dans les mois qui suivent une cure, certains patients réduisent leur consommation de médicaments.

Il faut aussi rappeler qu’une cure représente un investissement pour le patient ?

Oui, tout à fait. Il y a encore beaucoup d’incompréhension sur ce sujet. 

Une cure thermale nécessite de partir pendant trois semaines. Cela représente un engagement en temps, mais aussi un investissement financier, car même si une partie des soins est remboursée, le patient doit prendre en charge le transport, l’hébergement, l’alimentation et une partie des frais liés aux soins qui restent à sa charge. 

Beaucoup de personnes imaginent encore que la Sécurité sociale finance intégralement un séjour thermal, ce qui est totalement faux.

Où en sommes-nous aujourd’hui dans les démarches engagées ?

Aujourd’hui, nous avons demandé un moratoire d’au moins trois ans concernant les décisions relatives au remboursement des cures thermales. L’objectif est de laisser le temps à la Haute Autorité de Santé de travailler, de préparer son cadrage d’étude et de mener ensuite les évaluations nécessaires. Il existe déjà un travail de recherche considérable sur le thermalisme : cela ne date pas d’hier, le thermalisme existe depuis des siècles, notamment depuis l’époque romaine. Il y a toute une bibliographie importante à étudier avant même de lancer de nouvelles études. 

Chaque source thermale a ses propres caractéristiques et répond à des orientations thérapeutiques différentes : ce n’est pas comparable à un médicament unique destiné à une pathologie précise. Il y a donc un véritable travail scientifique à mener.

À ce jour, nous n’avons pas encore eu de réponse à cette demande. Nous ne connaissons pas encore les intentions du nouveau ministre des Comptes publics ni celles concernant le prochain budget.

En quoi consiste un moratoire ?

Dans le cas des cures thermales, un moratoire consiste à suspendre temporairement toute décision concernant leur remboursement. Le délai demandé de trois ans permettrait de laisser à la Haute Autorité de Santé le temps d’évaluer le service médical rendu par les cures avant qu’une éventuelle évolution de leur prise en charge soit décidée.

Comment se déroule le travail en amont du vote du prochain budget de la sécurité sociale ? Les parlementaires sont-ils associés avant les annonces ?

Il y a tout un travail de préparation du budget qui se fait en relation avec les présidents des commissions des affaires sociales de l’Assemblée nationale et du Sénat. Nous avons donc déjà des premiers échos, des premières pistes qui sont envisagées. À l’automne, notamment en octobre et novembre, nous aurons davantage d’informations sur les pistes d’économies qui seront étudiées et nous verrons si le remboursement des cures thermales fait partie des sujets concernés.

Si des mesures sont envisagées par le gouvernement, cela risque également de revenir dans le débat public, notamment dans la presse. 

Quel message souhaitez-vous adresser aujourd’hui aux curistes qui s’interrogent sur l’avenir du remboursement des cures thermales ?

Il faut qu’ils soient rassurés.

Les récentes discussions sur le remboursement des cures, qui ont beaucoup fait parler, ont entraîné une baisse de 10 à 15 % de la fréquentation des établissements pour la saison 2026. Cette incertitude a eu un impact important sur la décision des patients de partir ou non en cure, car certains se demandaient s’ils seraient toujours remboursés. Il faut absolument éviter que cette question revienne chaque année, car cela crée une inquiétude permanente qui n’est pas bonne pour l’ensemble de l’activité thermale. 

Il faut également rappeler que lorsqu’un budget annuel est voté et qu’une décision est actée, on ne revient pas dessus en cours d’année : les patients doivent avoir confiance dans les décisions prises.

C’est justement pour cela que nous avons demandé un moratoire de trois ans : pour donner une véritable visibilité aux patients, mais aussi aux établissements thermaux qui réalisent de plus en plus d’investissements, notamment dans le domaine de la prévention santé.


Article publié par Laura Dupuy

19930

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