Découvrez l’établissement thermal de Saujon avec son directeur, le docteur Olivier Dubois. 


Portrait du Docteur Dubois Saujon

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis le docteur Olivier DUBOIS, psychiatre. J’exerce en clinique et je suis également médecin thermal. Je dirige l’exploitation thermale de Saujon qui se compose d’un centre thermal et de 2 cliniques privées, toutes en psychiatrie. Notre particularité est que nous évoluons à la fois dans le thermalisme et dans l’hospitalisation.
Nous avons une activité assez éclectique dans le domaine qu’est la psychiatrie.
En France, nous sommes la seule destination thermale à ne faire que de la psychiatrie et à avoir destiné l’ensemble de notre activité autour de celle-ci.

Pouvez-vous nous présenter la station thermale de Saujon ?

Les thermes de Saujon sont indiqués dans la prise en charge des affections psychosomatiques (PSY).
Au niveau des soins, comme pour l’ensemble des stations thermales françaises, nous avons une convention très précise. Nous proposons des soins comme les massages, les douches ou encore la piscine.  Nous avons également un centre de remise en forme qui nous permet d‘apporter des soins plus spécifiques et plus individuels à nos curistes.
Notre particularité, à Saujon, est que nous avons développé l’école thermale du stress. Nous avons débuté cette activité en 2012 et aujourd’hui elle réunit 300 à 400 patients chaque année. Cette école propose des ateliers, d’une durée d’une à trois semaines, dépendamment de la durée des séjours thermaux. Ces séjours sont basés sur la gestion du stress, le burn-out, les problèmes de sommeil, les douleurs chroniques ou encore sur le sevrage aux anxiolytiques.
Nous avons réalisé plusieurs études scientifiques qui ont démontré l’efficacité des cures thermales dans le traitement de l’anxiété ainsi que dans l’arrêt des médicaments anxiolytiques.

Nous travaillons également sur la préparation à la cure, c’est une révolution dans le domaine. En effet, nous avons constaté que plus les patients lâchent prise et sont dans une attitude de détente et de relâchement, plus ils voient une amélioration durable et spectaculaire dans le temps.
Au contraire, pour un  patient qui ne lâche pas prise,  le résultat est très différent voire inexistant.
À Saujon, nous avons donc décidé de travailler de façon très importante sur la préparation à la cure, nous y sommes très attentifs.

Comment accompagnez-vous vos curistes dans ce « lâcher-prise » ?

Aujourd’hui, c’est quelque chose qui est réalisé très tôt. Cela fait partie de notre communication, cette information se retrouve dans nos livrets et nos dépliants.
Nous avons réalisé une étude scientifique (Saujon LP) qui a démontré l’efficacité spectaculaire du lâcher-prise. On présente généralement l’étude aux curistes qui viennent chez nous.

Au niveau intellectuel, nous travaillons sur des programmes au sein d’un groupe de travail comprenant 4 universitaires. Nous sommes actuellement entrain de lancer une étude scientifique sur le programme de lâcher-prise, afin d’évaluer ce qui fonctionne avec un modèle et des règles de prise en charge précises. Cela permettra de définir l’ensemble des activités qui vont avec ce projet.

À l’heure actuelle, le constat est simple, beaucoup de nos curistes sont des personnes qui sont fatiguées et stressées. Soit stressées pour de bonnes raisons, soit parce qu’elles ont en elles une inquiétude et une anxiété qui les submergent.
Les sources d’anxiété sont parfois très banales, cela peut être une mauvaise relation au travail, des tensions à la maison ou un problème de santé. Dans certains cas, cela peut prendre des proportions parfois excessives, voire disproportionnées, créant une obsession empêchant les personnes de déconnecter. Cela entraine une tension quasi permanente.

La cure thermale se traduit par une acceptation de « rentrer dans une démarche de lâcher-prise ». C’est très important que la personne soit dans cette acceptation. Les soins thermaux de la cure viennent compléter ce processus global.

Combien de cure thermale sont nécessaires aux patients afin d’observer des effets sur le long terme ?

Il n’est pas possible de répondre de manière uniforme à cette question, car les problèmes sont très différents, il y a plusieurs modèles.
Il y a celui de la personne qui fait une dépression ou qui a un trouble anxieux réactionnel, rien de très inquiétant. Généralement, elle sera déstabilisée durant 6 mois voire 1 an.  La cure thermale sera donc une aide pour lui, la seconde cure thermale sera justifiée par une séquelle de fatigue ou un besoin de confiance à rétablir.
Puis, il y a les personnes qui font des cycles de 3 cures. On a vu par le passé, que ce cycle de 3 cures avait du sens pour beaucoup de gens qui sont ancrés dans la notion de 3 cures consécutives. Cela étant, beaucoup de troubles anxieux durent 2 à 3 ans.
Et puis, il y a des gens qui sont des anxieux chroniques qui ont tendance à tout le temps aller un peu mal. Moins ces personnes sont prises en charge, plus elles tombent. De la même façon, elles ont tendance à prendre des médicaments. Beaucoup de personnes viennent en cure tous les ans  pour retrouver un niveau d’équilibre qui va durer durant plusieurs mois, voire toute l’année. Ces personnes ne voient plus la cure comme un moment permettant de passer un coup dur, mais comme un système équilibrant.

Face à la pandémie actuelle, vous avez été très présent sur les réseaux sociaux afin d’accompagner les curistes dans cette période, qu’en est-il ressorti ? 

Tout d’abord, nous avons constaté des gens en détresse. On s’est rendu compte que la cure est un fonctionnement bien particulier et que  de nombreux curistes croient à cette démarche thérapeutique et la perçoivent comme performante et efficace.
Sur les réseaux sociaux, nous avons rencontré des personnes qui ont été très heureuses qu’on s’occupe d’eux et qu’on ne les laisse pas tomber. Le confinement a été source de stress et de risques. De nombreuses personnes ont eu peur de perdre leur équilibre.
La cure thermale est un mode de fonctionnement unique qui ne correspond à rien d’autre.  En effet, l’autre mode c’est l’ambulatoire, mais il ne répond pas à la prise en charge d’une souffrance permanente. L’hospitalisation n’est pas non plus adaptée, encore moins durant cette période de Covid-19.
Il fallait donc trouver une formule intermédiaire, les réseaux sociaux nous ont permis de garder un contact et des liens.

Au niveau de la filière thermale, pensez-vous que cette crise aura un impact durable ? Sur les capacités d’accueil des curistes par exemple. 

Évidement, certaines personnes auront une certaine appréhension à revenir en cure. Cette situation a créé des peurs, plus ou moins justifiées. Certaines peurs sont ancrées chez des personnes.
Les gens rencontrés en cure, notamment en affections psychosomatiques, sont des personnes très sensibles à ces arguments et à ces peurs. Cela va donc forcement créer des réticences.
Toutefois, lorsqu’on aura rassuré les gens et lorsqu’ils auront compris que tout sera sécurisé, tout ira mieux.
Au niveau de la cure thermale de Saujon, à la réouverture qui aura lieu le 22 juin, il y aura :

  • des horaires de passages,
  • des limitations du nombre de passage dans une même heure,
  • des circuits qui permettront aux curistes de peu, voire pas, se croiser,
  • des masques s’il y a des lieux de croisements,
  • aucun soin collectif.

L’établissement sera également ouvert de 7h à 20h, afin que les curistes puissent venir sur des horaires très étalés. Nous allons organiser les choses, de manière à ce que tout cela se fasse dans les meilleures conditions possibles.

Comment envisagez-vous la réouverture ?

Au sein des thermes, nous sommes prêts, nous avons réfléchi à toutes les organisations, que ce soit les masques, la prise de température à l’entrée, le nombre de patient par heure, la fermeture de la piscine ainsi que les circuits de déplacements.
Durant cette période de fermeture forcée,  nous avons réalisé un grand nombre de travaux d’amélioration. Nous avons profité de ces 3 mois d’arrêts afin de réaliser des travaux prévus dans les mois et les années à venir.
Nous avons remis la station à neuf, nous avons revu l’ensemble de la ventilation, nous avons refait le système des vestiaires et nous avons créé un accueil. Nous avons dépensé plus de 1 millions d’euros.
Cette décision très particulière a été prise à un moment donné où nous n’avions plus d’argent, c’est paradoxal, mais maintenant nous sommes prêts pour fonctionner non stop durant 2 ans.
Dès le 22 juin, nous accueillerons nos curistes dans des conditions optimales.

Pour ce qui est de la réouverture, nous n’avons pas d’inquiétude. On voit bien qu’au début les gens hésitent à reprendre leurs habitudes. Puis au bout de quelques semaines, quelques mois, la grande majorité des gens retrouvent confiance.

Quelles seront les conséquences psychologiques du Covid-19 sur notre société ? Comment la cure thermale pourra-t-elle accompagner les personnes en souffrance ?

Ce qui est important à passer comme message, c’est qu’il y aura une conséquence psychologique qui sera importante. En effet, on parle de 30% de personnes qui auront été perturbées par le Covid-19. On parle de 5% de personnes qui pourront avoir des conséquences sur les 3 prochaines années, ce sont les chiffres qui ressortent, au niveau de différentes études publiées.
Dans notre activité, nous voyons apparaître des signes forts d’un accroissement de la souffrance psychologique.
Notre société va vivre, dans les prochains mois, une perturbation secondaire à cette histoire. Généralement, dans les périodes de crise, on est plus résistant, on est plus solide. Après la crise, on va sans doute avoir des personnes qui seront moins bien. Généralement des personnes très sensibles qui ont pris sur elles. Certaines d’entre elles auront certainement des réactions psychologiques.
Il semble que la cure puisse être un lieu adapté pour permettre à ces gens d’aller mieux et de prendre du recul.
La cure est une démarche qui permet de lâcher-prise et de retrouver un équilibre, un rythme et une certaine force dont ils ont besoin et dont ils avaient perdu la capacité.
Le lâcher-prise thérapeutique est important. Il ne doit pas être confondu avec le lâcher-prise banal. En effet, le lâcher-prise thérapeutique est une véritable action qui englobe toute une démarche et un environnement.

Nous allons créer prochainement des stages post Covid-19. Ils nous permettront d’aborder des questions concernant la peur de la maladie, le traumatisme du confinement ainsi que la confrontation à la mort qui a été induite. Tous ces aspects émotionnellement forts seront mis à plat durant ces stages, afin d’échanger avec les patients.

 


Article publié par Laura Dupuy

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